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REPORTÉ À L’AUTOMNE: Responsabilité, normativité et langage – En hommage à Daniel Laurier

Responsabilité, normativité et langage – En hommage à Daniel Laurier

REPORTÉ À L’AUTOMNE 2020

Organisation: Fannie Achard, Renée Bilodeau, Christine Tappolet

Lieu: salle C-1017-11, Carrefour des arts, Pavillon Lionel Groulx, 3150, rue Jean-Brillan,
métro Université de Montréal

Programme:
10:00-10:50 Montminy, Blameworthiness, Foreseeability and Causal Deviance
10:50-11:40 Paul Bernier, Karma et responsabilité morale dans le bouddhisme des origines
Lunch
13:30-14:20 Simon-Pierre Chevarie-Cossette, PAP ssi DIP?
14:20-15:10 Martin Rémi Tison, Intentions de communication et cognition « de bas niveau »
15:20-16:10 Marc-Kevin Daoust, The Deontic Force of Apparent Reasons
16:10-17:00 Charles Côté-Bouchard, Déontologismes et involontarisme doxastique

Résumés/Abstracts:

Marc-Kevin DAOUST
The Deontic Force of Apparent Reasons

Many philosophers think that reasons have deontic force. Specifically, they think that an agent’s possessed reasons (at least) bear on what he or she is epistemically permitted to believe. Some go a step further and argue that only reasons have deontic force. In this paper, I cast doubt on this view. In order to do so, I begin by offering a new account of apparent reasons. With respect to this new account, I argue that the deontic force of apparent reasons is as plausible as the deontic force of reasons. So, if it is plausible that possessed reasons matter for an agent’s epistemic permissions, then it is also plausible that possessed apparent reasons matter for an agent’s epistemic permissions. This result matters in the debate on the normativity of epistemic rationality. Specifically, it paves the way for a new vindication of the normativity of epistemic rationality.

Rémi TISON
Intentions de communication et cognition « de bas niveau »

Selon une influente tradition en philosophie du langage et dans les sciences linguistiques plus généralement, les locuteurs sont en mesure d’utiliser et de comprendre le langage au moins en partie parce qu’ils ont des intentions de communication et attribuent des intentions de communication à leurs interlocuteurs (Grice, 1957; Sperber et Wilson, 1995). Les intentions de communication seraient notamment cruciales dans le processus d’apprentissage du langage et marqueraient la différence entre les formes de communication humaine et animale (Tomasello, 1999 et 2008). Or, on considère normalement qu’avoir une intention de communication requiert d’avoir des capacités méta-représentationnelles relativement sophistiquées. Mais il est par ailleurs invraisemblable que les jeunes enfants qui utilisent le langage possèdent ce genre de capacités cognitives, qui semblent même en bonne partie reposer sur la capacité à utiliser et à comprendre un langage (Davidson, 1975; Low, 2010). On se retrouve donc devant une forme de paradoxe : comment un jeune enfant peut-il apprendre un langage si un tel apprentissage requiert l’usage et la compréhension d’intentions de communication qu’il n’est pas en mesure d’avoir ou d’attribuer? Je suggère que la solution de Moore (2017, 2018), qui consiste à soutenir qu’il existe des intentions de communication minimales non cognitivement exigeantes, est la plus prometteuse. Si c’est le cas, plusieurs variétés d’animaux seraient en mesure d’avoir des intentions de communication, ce qui nous contraint à trouver une nouvelle manière d’identifier la spécificité de la communication humaine.

Charles CÔTÉ-BOUCHARD
Déontologismes et involontarisme doxastique

Selon certains, les concepts déontologiques comme la responsabilité et les obligations ne peuvent s’appliquer aux croyances puisque ces dernières ne sont pas sous notre contrôle volontaire. Face à ce type d’argument, bon nombre de philosophes de la connaissance et de l’esprit se sont portés à la défense du déontologisme épistémique. Daniel Laurier (2009) est l’un d’entre eux. Cette présentation aura deux principaux objectifs. Le premier sera d’introduire quelques distinctions n’ayant pas reçu suffisamment d’attention dans ce débat. Ces distinctions touchent notamment la nature exacte du déontologisme et le type d’anti-déontologisme censé découler de l’involontarisme. Le second sera d’utiliser ces distinctions pour évaluer les différents types de défense du déontologisme dans la littérature, incluant celle de Laurier. Ma conclusion sera que ces stratégies sont, au mieux, incomplètes. Elles ne s’attaquent qu’à une partie du problème posé par l’involontarisme doxastique. Le déontologisme épistémique n’a donc toujours pas reçu de solution satisfaisante. Je conclurai en explorant certaines avenues possibles pour le déontologisme.

Simon-Pierre CHEVARIE-COSSETTE
PAP ssi DIP?

Le principe des possibilités alternatives (PAP) et le principe de « “devoir” implique “pouvoir” » (DIP) sont parfois conçus comme se soutenant l’un l’autre. Les dérivations avancées en leur faveur sont attrayantes, mais il semble qu’elles ne tiennent que si l’on amende PAP et DIP jusqu’à les défigurer. Je suivrai trois pistes pour progresser sur la question. D’abord, je poserai la question du genre de possibilités alternatives pertinent pour PAP et DIP. Ensuite, j’userai de la distinction entre obligations subjectives et objectives dans mon évaluation de la dérivation. Enfin, j’explorerai si l’on peut sauver les dérivations en faisant usage de la distinction entre justification et excuse.

Martin MONTMINY
Blameworthiness, Foreseeability and Causal Deviance

I propose an account of responsibility for a consequence: Under what conditions is an agent S blameworthy for an undesirable consequence C due to an action A? I argue that such an account involves three distinct notions of foreseeability. First, S’s blameworthiness for C must be traceable to S’s blameworthiness for A. This means two things: A must be wrong (at least in part) because it is foreseeable that A risks causing C; and S must be able to foresee that A risks causing C. I show that these two conditions contain two distinct notions of foreseeability. I then consider cases involving deviant causal paths connecting A and C. I argue that an adequate treatment of such cases requires a third notion of foreseeability. I then examine how my account may warrant a minor amendment to normative ethics.

Paul BERNIER
Karma et responsabilité morale dans le bouddhisme des origines

Le karma c’est « l’action intentionnelle ». Si nous admettons la doctrine bouddhiste du non-soi et si la doctrine bouddhiste du karma doit être interprétée comme impliquant le déterminisme, comme plusieurs interprètes contemporains l’ont suggéré, alors en quel sens un agent peut-il être moralement responsable de ses actions? L’approche semi-compatibiliste de J. M. Fisher permet de répondre en partie à cette question. Mais je soutiens que cette solution est insuffisante pour rendre compte de la sorte de responsabilité morale requise pour s’engager dans la pratique bouddhiste dont le but ultime est la cessation de la souffrance (dukkha). Je soutiens que la philosophie bouddhiste doit laisser une place à une conception robuste du libre arbitre qui admet le principe des possibilités alternatives, en un sens qui est incompatible avec le déterminisme.